Abdoulaye Ndoye : archi-texte

Abdoulaye Ndoye est né le 23 février 1953 à Dakar. Il se présente volontiers comme  un enfant de la politique culturelle de Léopold Sedar Senghor. En effet, le poète-président  qui fut un protecteur avisé des arts et lettres de son pays, a saisi l’opportunité du Festival Mondial des Arts Nègres en 1966 pour implanter des infrastructures : le théâtre Daniel Sorano, la Galerie Nationale, les Manufactures d’arts décoratifs de Thiès, le Musée Dynamique… Dans le même temps, l’Ecole de Dakar s’organise autour de Pierre Lods, le fondateur de l’Ecole de Poto-Poto à Brazzaville. Senghor fut également soucieux de la formation des jeunes. Il initia des programmes de bourses de formation  en France, en Belgique, au Mexique et ailleurs. Des jeunes sénégalais ont pu ainsi intégrer les meilleurs centres de formation de l’époque, pour apprendre le maniement des «armes miraculeuses» ; celles dont parle Césaire et qui selon Cheick Amidou Kane, permettent de « vaincre sans avoir raison.» Abdoulaye Ndoye est de ceux-là. Après sa formation à l’Académie Royale des Beaux-arts de Bruxelles (1976-1980),  il rentre à Dakar au moment où l’Ecole de Dakar structurée autour de l’atelier des arts Plastiques nègres de Pierre Lods, épuise son programme.

Prof à l’Ecole des arts, Ndoye participe à la formation des plus jeunes, trente années durant, il en a vu passer des jeunes talents ! Le sculpteur Ndary Lô, les peintres Soly Cissé, Camara Gueye, etc. Dans le même temps, il prospecte les voies d’une écriture plastique personnelle.  Flexible et attentif au design, on le retrouve également prof à l’Institut de coupe, couture et mode de Dakar.

 

Dès le début des années 1970, ses dessins et ses huiles démontrent sa maitrise de la technique du lavis. Entre le surréalisme et le symbolisme, sa touche affiche une personnalité informée et peu conventionnelle. Coup sur coup, il remporte le premier prix national de peinture en 1974, le premier prix du Bureau Sénégalais du Droit d’Auteur (BSDA) en 1984. Mais l’artiste est aussi un intellectuel qui en vient  à se poser ce qu’il tient pour les vraies questions. Quel est le rapport de l’œuvre avec son milieu ? Comment se situe-t-elle dans la dynamique des pratiques culturelles socialement validées par les esthétiques du quotidien ?

C’est que pour Abdoulaye Ndoye, la pertinence du  peintre ne tient pas à ses déclarations d’intention aussi belles soient-elles ; elle se mesure à la qualité de la construction de  son langage plastique. Une production artistique qui s’abonne au décoratif et à l’illustration, finit par tourner en rond, à la merci des recettes et des clichés. En revanche, l’artiste qui choisit d’Interroger ses matériaux, de questionner son milieu à la recherche de points d’ancrage, peut se nourrir du vécu de sa ville et de son pays, répercuter le temps du continent, tenter de voir clair dans le chaos du monde. La technique participe de cette stratégie d’adaptation de l’artiste à son milieu. Comme le soleil, elle brille pour tout le monde ; pour tous ceux qui se donnent la peine de l’apprivoiser.

Abdoulaye Ndoye a étudié la technique de la peinture primitive flamande. En échos aux recherches d’un Rembrandt, il tisse le lien serré entre ombre et lumière. « La couleur est une valeur de lumière », aime-t-il à rappeler. En référence à la technique des glacis, il superpose des rouleaux, des bandes dont certaines deviennent formes tandis que d’autres continuent à faire matière. Dans l’interaction des surfaces entrelacées, un mouvement, un rythme s’enclenchent.

A la différence des Flamands qui recourent à la chimie complexe des pigments, Abdoulaye Ndoye convoque les connaissances endogènes dans le domaine des supports et des colorants. Il recherche l’esprit des graphismes implicites et explicites qui donnent corps, puissance et présence aux masques. Il expérimente la technique du tisserand, réinvestit les formes et les figures géométriques des tisserands,  s’étonne de la sophistication des broderies, adopte la chimie des colorants endogènes dont le  henné, l’indigo… Toutes choses sans lesquelles, la femme sénégalaise se sentirait nue et qui construisent une esthétique du quotidien qui donne sens et valeur à la notion de dignité sociale.

Dans les tableaux d’Abdoulya Ndoye,

s’entend le frou-frou des chiffres et des lettres,

clignote le scintillement des arabesques et des calligraphies.

Brille l’intelligence des pictogrammes,

danse la féérie enjouée des parures des femmes…

résonnent les cris de douleurs étouffées des scarifications,

passe les ombres portées de l’élégance de la femme africaine.

Autant de surfaces d’inscriptions qui ne demandent qu’à faire livre, cartes, géographie, territoires, sens ; c’est-à-dire direction et significations.  Abdoulaye Ndoye n’est pas seulement fasciné par la richesse du drapé africain, il est également touché par les immenses ressources de la picturalité africaine.

Présent dans plusieurs collections prestigieuses dont la Smithsonian à Washington, Abdoulaye Ndoye a exposé au Sénégal, en France, en Belgique, en Suisse et aux Etats-Unis. C’est un témoin et un acteur de l’art contemporain en Afrique.

                                                              YK© Abidjan, Rotonde des Arts, 2019

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